En 2014, l’IRIS révélait dans une étude affirmant que même si les femmes font plus de travail domestique que les hommes, la situation semble s’améliorer tranquillement. Tout de même, sans trop se réjouir, le Québec est précurseur par rapport aux autres pays du monde en qui concerne une répartition plus égale des tâches ménagères.

Par ailleurs, les femmes jouent un autre rôle, silencieux, mais très important au sein de l’unité familiale : elles pensent à tout. C’est qu’on appelle la charge mentale domestique. Le concept a fait la une en mai 2017 grâce à une bande dessinée de la dessinatrice française Emma qui a circulée sur les médias sociaux.

Au sein des couples, même si on constate que les deux parents participent à l’exécution des tâches quotidiennes (habiller les enfants, faire les repas, plier le linge), c’est à la femme que revient la responsabilité de gérer le moment ou la manière de faire. En ce sens, la mère vérifiera la température qu’il fait à l’extérieur pour choisir adéquatement les vêtements des petits, elle prendra le temps de planifier les repas pour la semaine avant de se rendre à l’épicerie, elle prendra conscience qu’un lavage serait nécessaire d’ici quelques jours, etc. Par la suite, elle demande l’aide de son partenaire pour l’exécution des activités, puisque c’est elle qui sait ce qui est à faire. En poussant la réflexion un peu plus loin, il est possible de constater qu’en le lui demandant, la femme voit l’aide de son conjoint comme un service ou une faveur de sa part ! Alors qu’il est tout à fait légitime de diviser également les tâches au sein d’une famille.

La charge mentale ne se limite pas à cela. Il incombe aussi habituellement aux femmes de prendre les rendez-vous chez le médecin, de s’assurer du développement normal des enfants, de planifier en amont l’achat de vêtements pour la saison suivante (voire l’année suivante si on souhaite suivre les soldes), d’aider les enfants d’âge scolaire avec leurs devoirs, de rester à la maison lorsque l’un d’eux est malade, etc.

Si cela allait de soi il y a à peine 50 ans, les femmes ont aujourd’hui, elles aussi, des emplois à temps plein. Des emplois qui, espérons, correspondent à des années d’efforts scolaires et à leurs objectifs professionnels, qui leurs permettent de se réaliser et de se sentir accomplie, importante. Sauf que pour effectuer toutes ces tâches familiales, les femmes vont manquer plus souvent des heures de travail, vont choisir de travailler à temps partiel ou vont retarder leur retour sur le marché du travail après une ou plusieurs grossesses.

Certaines femmes affirment aimer accomplir les tâches domestiques et être à la maison avec les enfants. « Où se trouve la frontière entre ce l’on aime sincèrement et ce qui nous vient de la norme sociale, d’un réflexe de mimétisme, de la facilité, de l’envie de plaire et d’éviter les conflits domestiques, d’être valorisée ? » (Catherine Beau-Ferron) La plupart des parents reconnaissent qu’il est plus facile que l’un des deux parents aient un horaire plus flexible pour se rendre aux rendez-vous, effectuer le transport entre la maison et le lieu de garde, faire les repas, se réveiller la nuit et avoir l’opportunité de se reposer le jour, etc. La conciliation travail-famille est par contre une situation de compromis avec laquelle la femme jongle plus souvent.

De plus en plus de cas de surmenage sont décelés chez les jeunes mères. Les femmes se sentent dépassées, complètement épuisées moralement et physiquement. En effet, la responsabilité de gestion et de planification de la famille peut sembler presque innée aux femmes (ou du moins ancrée dans la tradition), mais elle a des répercussions importantes sur leur santé mentale. Effectivement, l’organisation des tâches domestiques engendre un stress plus important que l’exécution de celles-ci. La planification exige effectivement une vision globale des activités et besoins de la famille ancrée dans le futur permettant de favoriser un ordre et une paix d’esprit aux autres membres.

Puisque la charge mentale domestique est un travail invisible, il n’est pas reconnu par les pairs. Rarement va-t-on remarquer le rangement des jouets ou la préparation d’une collation. Traditionnellement, les formes de travail féminines – la cuisine, la couture, le ménage –  sont moins valorisées, que celles masculines – rénover, construire, réparer – puisqu’elles ne sont ni spectaculaires, ni visibles.

Le travail bénévole est, en effet, loin d’être reconnu dans une société capitaliste où une personne salariée domine une personne sans revenus, comme l’est une femme au foyer. En polarisant les rôles (l’un allant au travail, l’autre en restant au foyer), on accentue les stéréotypes homme/femme. Le couple, plutôt que de former une équipe, tend à devenir dépendant de l’autre, soit de son revenu, soit de sa capacité à gérer la famille. Il est alors difficile pour les deux de se sentir libre et de s’épanouir.

En ce sens, les pères aussi ressentent une charge mentale, mais plutôt associé à la responsabilité de pourvoyeur. La peur de perdre son emploi, de réorienter sa carrière, de ne pas être en mesure de subvenir aux besoins matériels de la famille est souvent présent, surtout si la famille n’a qu’un seul revenu.

Difficile dans cette réalité d’inciter les mères à un lâcher-prise bénéfique et un mode de vie ancré dans  le moment présent. L’obsession de la réussite sur les plans professionnels, familiaux, sociaux et amoureux a comme conséquence une anxiété de performance inquiétante. En plus de se préoccuper du bien-être de ses proches, les femmes souhaitent réussir leur carrière, maintenir une vie sociale enrichissante, s’impliquer dans leur milieu, militer pour des causes importantes, maintenir de saines habitudes de vie… et surtout, donner l’impression qu’elles ont le contrôle et qu’elles en sont heureuses ! Les femmes se soumettent de leur plein gré à des normes irréalistes. Et cela n’a rien de biologique assure Annie Cloutier, sociologue. La prise en charge par la femme des activités familiales semble inculquée dès l’enfance en fonction du genre, notamment par l’éducation, par exemple en incitant les filles à prendre soin (de leur poupées) plus que les garçons.

Voici quelques pistes de solutions pour réduire la charge mentale et aspirer à plus de sérénité :

  1. Communiquer. Parler sans délai à son conjoint de ses déceptions, de son épuisement et de ses frustrations demeurent l’élément clé pour mieux se répartir les tâches et vivre heureux. Bien entendu l’ouverture d’esprit varie énormément d’une personne à l’autre. Certaines seront très réceptives aux discours anti-patriarcat alors que j’entends encore de jeunes pères se vanter des bienfaits de l’allaitement parce que… ça évite qu’ils aient à se lever la nuit !
  2. Déléguer. « Ça signifie […] demander de l’aide, s’organiser et mettre de côté l’idéal de la superwoman qui conjugue tous les savoir-faire et ne pleure jamais… » (Catherine Beau-Perron) Certainement, pour déléguer, il faut penser à déléguer, s’assurer que la personne a fait ce que nous lui avons demandé, mais surtout, avoir confiance. Et parfois avoir confiance nécessite de la patience (la tâche ne sera peut-être pas faite aussi rapidement), de la conciliation (elle ne sera pas faite de la même manière) et de l’ouverture d’esprit (le résultat ne sera pas nécessairement ce à quoi on s’attend). Sauf qu’il est possible de déléguer à long terme en se divisant des catégories de tâches. Par exemple l’un des parents s’occupent des rendez-vous relatifs aux soins de santé et l’autre des communications et rencontres en lien avec l’éducation. Un bon équilibre maintenu dans le temps permet à l’un et l’autre de se concentrer sur certaines tâches et d’oublier celles qui ne le concernent pas.
  3. Reconnaître et valoriser. Au lieu prendre pour acquis les efforts des autres membres de la famille – même s’ils nous semblent les efforts normaux – complimenter et souligner l’effort de l’autre est une belle manière d’exprimer sa reconnaissance et son amour au quotidien. Autrement, la personne qui a sur les épaules la charge de l’unité familiale se sent constamment frustrée et déçue de mettre beaucoup d’énergie dans un travail invisible et pourtant essentiel au bon fonctionnement de la famille.
  4. Lâcher-prise. L’obsession de tout contrôler afin d’en assurer la perfection est un objectif irréaliste, donc perdu d’avance… et très éprouvant. La mère parfaite n’existe pas. Il est possible de se concentrer sur ce qui est réellement important et de laisser aller le reste. Nos enfants peuvent se coucher une demi-heure plus tard, ils ne mourront pas de sauter un repas s’ils n’ont pas faim et vont survivre à une journée à la garderie en pyjama : ils ont le droit, comme nous, d’être imparfaits. De plus, est-ce possible qu’il agréable d’éviter de tout planifier, de choisir certaines activités sur le coup ? Il est important de prendre aussi des moments pour soi : prendre congé et rester seule, faire garder les enfants une fin de semaine, participer à une activité ou s’impliquer un ou deux soirs par semaine. Il faut apprendre à s’affirmer dans nos besoins pour se sentir libre, juste un peu, à travers toutes nos obligations… qui n’en sont pas toujours !

Pensons aussi aux enfants à travers cela. Selon une étude menée par les universités du Colorado et de Denver, trop d’activités structurées entraveraient le développement de certaines fonctions cognitives, appelées fonctions exécutives. Les enfants doivent apprendre à s’organiser et décider afin de élargir ces fonctions. Le jeu libre est extrêmement positif en ce sens, surtout lorsque les enfants sont à l’extérieur. Ils sont, dehors, plus actifs, bruyants, apprennent à mesurer les risques, se sentent plus libres, deviennent plus créatifs…. Tout en étant moins demandant pour les parents.

  1. Sortir de la boîte. Plus largement, il est possible de prendre le temps de repenser son mode de vie, d’en discuter en famille, déterminer ses valeurs, ses rêves et ses objectifs et ce, à l’extérieur – le plus possible – des standards sociaux. De nombreuses tendances tendent vers un retour à l’essentiel. Pensons à la simplicité volontaire, au minimalisme, à l’autosuffisance et au mouvement zéro déchet. Si ces modes de vie semblent contraignants, il est important de choisir les éléments qui correspondent à notre réalité et d’y aller progressivement.
  2. Échanger. Parler de solutions, obtenir des conseils ou simplement pour se vider le cœur, il est important de partager avec ses proches de ce qui ne fonctionne pas avant que tout déborde. Il est aussi possible d’échanger en personne grâce aux organismes communautaires de votre région (par exemple la maison de la famille), participer à des programmes comme Y’APP (Y’a personne de parfait), suivre des formations qui répondent à vos besoins (formation continue, méditation, activité physique), prendre rendez-vous avec un ou une travailleuse sociale, participer aux échanges sur des groupes Facebook, comme Parents féministes, etc. À vous de voir vous en êtes où et quelles sont vos priorités !

Vous trouverez à travers les liens des suggestions de lectures et les références utilisées.

Diplômée au baccalauréat en études de l’environnement et candidate à la maîtrise en recherche, Laurie Bush est productrice maraîchère et co-propriétaire de la Ferme de la Joualvert. Mère de deux enfants, elle s’implique activement avec Québec solidaire et s’intéresse particulièrement à l’écoféminisme, à l’autosuffisance et à la mise en place d’une véritable éthique environnementale.

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